Ceux qui se marient encore aujourd’hui ne sont-ils pas un peu les aventuriers du 21e siècle?

Edito de Vincent Delcorps du 9 septembre 26 pour Cathobel

« C’est un miracle ! »

Le paternel ne put retenir le cri de son cœur. C’était la fin de l’été et la famille organisait ses retrouvailles annuelles dans les Ardennes. Tout le monde était là : les grands-parents, les deux filles aînées avec maris et enfants, et le petit dernier – la trentaine bien sonnée, quand même –, accompagné de son amoureuse. C’est à l’heure de l’apéro qu’il fit son annonce : « nous allons nous marier ». Et la joie fut débordante.

Mais à côté de la joie, il y eut de la surprise (« un miracle » !). Une surprise… un peu surprenante ! Hier, le mariage (civil, ne parlons même pas du religieux) allait souvent de soi, à tout le moins pour celui qui ne désirait pas entrer dans les Ordres… Aujourd’hui, il lui arrive de relever de l’improbable.

Cela nous interpelle et cela peut même nous attrister. Que s’est-il donc passé ? N’avons-nous pas été assez rayonnants, assez convaincants ? Bien sûr, il y eut tous ces divorces… Mais les raisons sont bien plus profondes. Regardons en arrière : remise en question de toutes les institutions traditionnelles, culture de la consommation et de l’éphémère, multiplication des crises… Aujourd’hui, il est devenu compliqué de croire encore en un avenir à deux – et en un avenir tout court.

Nous voilà donc interpellés, tristes peut-être… Mais choisissons ce sur quoi nous voulons porter notre attention. Commençons par regarder ces jeunes qui y croient encore. Leurs aînés se sont parfois mariés par habitude, par tradition. Ceux-ci sont sans doute plus conscients des défis qui les attendent. Ils savent qu’ils sont les aventuriers du 21e siècle. Que les périls ne manqueront pas. Dans une culture pas forcément favorable aux couples durables, nous pouvons les accompagner et les soutenir. C’est notamment la mission des services diocésains de couples et famille, mais aussi de magnifiques mouvements comme les Equipes Notre-Dame ou Vivre et Aimer.

Ces profondes évolutions sociétales nous invitent également à élargir nos horizons.

A reconnaitre que Dieu se rencontre aussi dans l’errance et dans l’échec – on le dit parfois mais le vivons-nous vraiment ?

A reconnaitre la diversité des parcours et des vocations.

A accompagner aussi les célibataires non consacrés – souvent les grands oubliés de l’Eglise !

Et enfin, à toujours croire aux miracles.

Crise du mariage ?

Cathobel – Jean Lannoy

De moins en moins de mariages, une cohabitation devenue la norme, une peur de l’engagement chez les jeunes : Léon XIV ne détourne pas le regard. Dix ans après Amoris Laetitia, il convoque en octobre 2026 les présidents de toutes les conférences épiscopales pour chercher, ensemble, comment annoncer l’Évangile aux familles d’aujourd’hui.

Un sommet mondial : quand et pourquoi ?

Léon XIV a convoqué pour octobre 2026, à Rome, les présidents de toutes les conférences épiscopales mondiales. L’objectif, annoncé le 19 mars dans un message pour les dix ans d’Amoris Laetitia : discerner ensemble comment annoncer l’Évangile aux familles d’aujourd’hui, face au recul du mariage et à la fragilisation des couples.
C’est la première fois depuis février 2019 qu’un pape organise ce type de rassemblement. À l’époque, François avait réuni ces mêmes responsables pour affronter la crise des abus sexuels. Ce sommet avait débouché sur une stratégie mondiale et un engagement commun des Églises locales. Léon XIV semble vouloir reproduire cette dynamique sur le terrain du mariage. Une source vaticane a précisé que cette réunion n’est pas un synode : il s’agit d’une rencontre de discernement, dans un esprit synodal, mais sans le cadre institutionnel du Synode des évêques.

Qu’est-ce qui a déclenché cette initiative ?

L’initiative s’inscrit dans un double contexte. Le 19 mars 2026, à l’occasion du 10e anniversaire de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia de François, Léon XIV a publié un message dans lequel il annonce officiellement ce rassemblement. Il y invite l’Église à « renouveler et approfondir » son engagement auprès des couples et des familles, « afin que les jeunes se sentent attirés par l’intensité de la vocation matrimoniale dans l’Église ».

Le cap avait été posé dès octobre 2025. À l’occasion du 10e anniversaire de la canonisation des saints Louis et Zélie Martin – parents de sainte Thérèse de Lisieux et premiers époux canonisés ensemble dans l’histoire récente de l’Église – Léon XIV avait affirmé que le mariage est l’une des vocations « les plus nobles et les plus élevées » auxquelles Dieu appelle hommes et femmes.

Depuis, le Vatican a structuré un processus de réflexion. Une journée d’étude préparatoire s’est tenue fin avril 2026 à la Casina Pio IV, organisée par le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie. Elle a réuni environ 75 participants sur invitation : représentants de la Curie romaine, recteurs de séminaires, professeurs de théologie et formateurs de futurs prêtres.

La question au centre des échanges : comment former des prêtres capables d’accompagner fiancés et époux dans une expérience de foi authentique, dans un contexte marqué par la sécularisation et la montée des ruptures ? Le père Fabio Rosini, professeur d’homilétique à l’Université pontificale de la Sainte-Croix, a posé la question autrement : si les prêtres ne sont pas formés à accompagner une « vie ultime », ancrée dans la foi et le sens, leur parole sur le mariage restera sans prise sur les couples.

Pourquoi les jeunes s’éloignent-ils du mariage religieux ?

Le père Andrea Bozzolo, recteur de l’Université Salésienne Pontificale et spécialiste de la théologie du mariage, a pris la parole lors de cette journée. Son constat, partagé par nos confrères de ACI Prensa : dans nos sociétés, le mariage n’est plus perçu comme un acte décisif dans la construction d’une famille.

La cohabitation avant l’union s’est imposée comme une étape quasi normale. Pour beaucoup de jeunes, la solidité d’une relation testée au quotidien « est devenue la condition pour envisager éventuellement l’accès au mariage ». Contrairement aux décennies passées, où l’union de fait se présentait comme une alternative idéologique au mariage, elle est aujourd’hui « souvent comprise comme un chemin préparatoire ». Résultat : l’expression publique et religieuse du consentement n’est plus perçue comme ce qui change fondamentalement la nature du lien. Et la hausse des séparations reflète cette même logique.

Quelle réponse l’Église veut-elle apporter à la crise du mariage ?

Le père Bozzolo est clair sur la posture à adopter : l’Église ne doit pas culpabiliser les jeunes qui demandent à se marier après avoir vécu ensemble. Mais elle ne doit pas non plus banaliser la cohabitation prémaritale, « parce que ce n’est pas la bonne façon » d’arriver à l’autel.

Il appelle aussi l’Église à rompre avec une vision réductrice de l’amour réduit à un simple sentiment. Le mariage, insiste-t-il, est « un véhicule privilégié de la révélation du visage de Dieu », et cette conviction doit irriguer la formation des prêtres.

Car c’est là l’enjeu central : former des pasteurs capables d’accompagner les couples dans la durée, ancrés dans les réalités concrètes des familles, et non dans des cadres purement théoriques.

Qu’attendre de ce sommet d’octobre 2026 ?

Le précédent de 2019 sur les abus donne une idée de ce que ce type de rencontre peut produire : un changement de perception global, des engagements clairs, une stratégie commune adaptée aux différents contextes locaux.

Des questions restent ouvertes. Quelles mesures concrètes seront décidées ? Quelle place sera donnée aux familles elles-mêmes dans le processus ? Et comment l’Église pourra-t-elle parler du mariage de façon crédible à des générations qui ont souvent grandi loin de ce langage ? Le rendez-vous d’octobre dira si l’Église mondiale est prête à relever ce nouveau défi.

Édito d’octobre

Il est venu ! On l’a vu ému ! A-t-il été entendu ?

Difficile d’échapper au ram-dam médiatique autour de la visite du pape Léon en France… même en fermant télé, radio, ordinateur et téléphone, j’en ai entendu parler, c’est dire !

Pourquoi j’ai éteint ? Parce que je préfère la calme relecture au brouhaha de la foule et à ses « vibes » émotives.

Relecture justement… j’aime l’insistance du pape sur la justice, la paix, la fraternité et le service, sur le témoignage chrétien qui ne peut se construire dans la violence, le mépris ou l’oppression.

J’aime qu’il rappelle le caractère sacré de toute vie humaine.

J’aime, qu’il ait «appelé les représentants des différentes traditions religieuses à faire du dialogue un « art de la rencontre », au service de la paix, de la fraternité et de la dignité de toute personne humaine. »  

J’aime cet appel aux mêmes représentants – et au-delà à toutes et tous : «  Puissions-nous être, là où nous vivons, des artisans de paix et des témoins d’une espérance qui ne cesse de grandir dans notre monde. »

Relecture peut-être très parcellaire, mais après la fête, ne reste que l’essentiel : ce qui constitue un appel, un mot d’ordre dirait-on dans les mouvements de jeunesse, une ligne à essayer de suivre… Que chacun.e trouve les moyens de mettre cela en oeuvre dans ou hors des (E)églises ne peut que nous réjouir. Finalement, Dieu est bien plus grand que nos (E)églises. « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures » (Jn 14, 2)

Et cela m’amène tout naturellement à évoquer qu’il y a quarante ans, à Assise, à l’invitation de Jean-Paul II, 130 responsables de grandes religions du monde se sont réunis pour une journée de prière et de jeûne pour la paix en pleine guerre froide. Cet événement fondateur a posé les bases d’une éthique de la fraternité où les religions peuvent et doivent jouer un rôle majeur dans la réconciliation et le refus de la violence au nom de Dieu. Entre le 25 et le 27 octobre, la ville de Saint-François fera retentir à nouveau ce message de paix par la voix de représentants de différentes cultures et religions.

François d’Assise… Giovanni di Pietro Bernardone, promis par sa naissance et la fortune de son père à la gloire que donnent aux chevaliers les « beaux » combats et les belles armures, vit son « chemin de Damas » sur la route vers la guerre et l’adoubement[1].

Et voilà qu’il renonce radicalement aux biens matériels, qu’il épouse la cause du prochain, de tous les prochains… qu’il voit dans l’engagement pour la paix et la vulnérabilité la meilleure façon de servir Dieu, le seul maître qu’il se reconnaît dès lors…

Et cela secoue l’Eglise au point que 800 ans plus tard il apparait comme un modèle à redécouvrir dans une époque, où la guerre et la violence (sous toutes leurs formes) sont quotidiennes… comme autrefois.

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta Paix… »


[1] Lire à ce sujet : « François et ses frères – Biographie collective  de François d’Assise  », Sylvain Piron, La Tempête Editions, 2026.

Amoris Laetitia : 10 ans !

En 2014 et 2015, le Pape François a convoqué deux synodes sur la famille.

Un synode, c’est une assemblée d’évêques (et parfois de laïcs) portant sur un thème. Celui de 2014 portait sur « Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation » et celui de 2015, “La vocation et la mission de la famille dans l’Eglise et dans le monde contemporain. »

La publication d’”Amoris Laetitia” (La joie de l’amour), publiée le 08 avril 2016, est une synthèse de ce qui a été évoqué pendant ces synodes. Elle permet de donner une ligne de conduite pour l’accueil des familles en paroisse.

Ce document est constitué de 9 chapitres, structurés en 325 articles.

Si vous souhaitez vous imprégner du texte et découvrir tous nos outils, deux émissions « Missions surprises » sur RCF Liège y sont consacrées. Vous pouvez les retrouver en podcast sur notre site. Ce sont les émissions du 20 mai et du 17 juin.

  • L’émission du 20 mai vous propose de découvrir le texte chapitre par chapitre en vous donnant quelques clés de lecture. Le texte intégral est disponible la barre latérale de notre site ou ICI. Le livre avec annotations est toujours disponible à la librairie Siloë.

En 2021, pour les 5 ans de la publication, le pape François a promulguée une « Année Famille Amoris Laetitia« . Plusieurs initiatives ont été publiées sur le site du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie et en partie sur le nôtre.

  • L’émission du 17 juin vous présente quelques outils de notre création en plus de ceux qui existaient déjà pour les 5 ans ou créés depuis la publication du texte.

Un des outils réalisés est une série de 10 panneaux avec un carnet pédagogique. Chaque étape vous permet de découvrir quelques aspects du texte. Chacune est différente et propose différents canaux pour s’en imprégner. C’est un outil accessible en famille avec les enfants, avec des amis, un groupe de jeunes, …

Vous souhaitez le tester ? Il sera accessible à l’église de Spa tout le mois d’août et très bientôt dans un autre lieu.

Nous avons créé toute une boîte à outils recensant nos créations et celles qui existent déjà. Vous pouvez les retrouver sur notre site sdcfliège.be dans l’onglet « Amoris Laetitia »

Agenda de la rentrée pastorale 26-27

La newsletter du diocèse de Liège a compilé toute une série d’événements

  • pour l’été (Te Deum [21/7] ou exposition « Tapis de passage » à la cathédrale[juillet & août], eucharistie à l’occasion de la fête de sainte Julienne [7/8 à 18h] à Cornillon, etc.)
  • et l’année pastorale 2026-2027 pour le diocèse de Liège.

L’agenda de Cathobel compile aussi de très nombreux événements durant l’année pastorale en Belgique francophone.

En famille, à la découverte …

Depuis ce 19 juin 2026, le Service diocésain de la catéchèse vous propose un nouveau livret de la collection « En famille, à la découverte… » : une promenade à Stavelot, sur les traces de saint Remacle.

D’autres carnets existent déjà :  la Collégiale de Huy, le parc du Val-Dieu, le sanctuaire de Banneux, le Calvaire de Moresnet-Chapelle et la Cathédrale de Liège.

Cette collection vise à soutenir les familles dans la découverte de la foi à travers des moments simples du quotidien lors de visites de lieux de notre diocèse. Chaque livret transforme une balade en une expérience de découverte, de partage et de prière, accessible à tous les âges. Il vous permettra également de profiter de la fraîcheur de certains bâtiments.

Les livrets sont disponibles en format papier sur place à l’accueil des sites ou téléchargeables ICI ou sur le site www.annoncerlevangile.be

Bonne découverte !

Journée des Grands-Parents

Journée mondiale des Grands-Parents
et des Personnes Agées ce 26 juillet 2027


Léon XIV visite la maison de retraite « Santa Marta » à Castel Gandolfo, le 21 juillet 2025.  (ANSA)

Pour cette 6e journée, Léon XIV exhorte à ne pas les oublier.

Chaque année, le pape nous invite à mettre les grands-parents et les personnes âgées à l’honneur. Instituée en 2021 par le Pape François pour souligner leur valeur dans la société, elle aura lieu cette année le dimanche 26 juillet, mémoire liturgique des saints Joachim et Anne, et aura pour thème: «Moi, je ne t’oublierai jamais» (Is 49,15). Ce sera l’occasion au coeur de l’été de se réjouir de leur présence, de les entourer, de prier avec eux et pour eux, de passer un beau moment de proximité et de joie ! Il y a bien des façons d’honorer cette belle fête : le dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie en fait la promotion en mettant à disposition des instruments pastoraux. Voyez donc le kit pastoral préparé à cette intention.

Que trouve-t-on dans ce kit pastoral ?

  • le message du Cardinal Farell, préfet du Dicastère pour les Laïcs la Famille et la Vie ;
  • La prière des grands-parents et des personnes âgées pour cette 6ème édition de la journée ;
  • Au cours de cette année, le Dicastère a promu divers moments de réflexion au cours desquels des experts de différentes parties du monde se sont confrontés sur la pastorale des personnes âgées. Sur le site du Dicastère, il est possible de trouver tous les documents produits lors des événements. Suivre les liens…
  • Des indications pastorales : il nous est proposé que la célébration de la Journée s’articule – comme d’habitude – autour de deux actions fondamentales: la célébration d’une liturgie eucharistique dédiée aux personnes âgées et la visite aux personnes âgées seules de notre communauté.
  • Des indications pour la préparation de cette journée avec les personnes âgées mais aussi avec les jeunes !
  • Des suggestions pour la prière des fidèles.
  • Une bénédiction finale.

Découvrez le message du pape Léon XIV à l’occasion de la 6ème Journée des grands-parents et des personnes âgées.

Qui étaient Anne et Joachim ?
Aussi incroyable que cela paraisse compte tenu d’une grande dévotion, dans le Nouveau Testament, rien n’est dit d’Anne et de Joachim, les grands-parents de Jésus. Vous en apprendrez plus ici…

L’objectif des Grands-Veilleurs est de venir soutenir la mission des grands-parents, dans un esprit positif et engagé, en prenant appui sur la joie et l’émerveillement partagés avec leurs petits-enfants.

Carnet de prière pour confier ses petits-enfants

Par le moyen d’un site internet et d’une Newsletter qui paraît toutes les 3 semaines, sont proposées des ressources pour nourrir la relation avec leurs petits-enfants jusqu’à l’adolescence.

« Nous l’avons rencontré »

L‘évangile de Saint Jean comme vous ne l’avez jamais entendu !
La Compagnie du Logos de Bordeaux nous enchantera les oreilles en proclamant la Parole de Dieu, accompagné de musique.
Ce spectacle interactif sera proposé aux étudiants des écoles de la région liégeoise à Visé (8/10) et à St Barthélemy (9/10).


Il sera joué pour le public à St Barthélemy le vendredi 9/10 à 20h : Inscription ICI

et à Banneux (Chapelle St François) le dimanche 11/10 à 17h30 : Inscription ICI

26 avril : journée mondiale de prière pour les vocations

Message du pape Léon XIV pour la 63e Journée mondiale de prière pour les vocations pour le 4e dimanche de Pâques, le 26 avril 2026 :  « La découverte intérieure du don de Dieu ».

Chers frères et sœurs, très chers jeunes !

Guidés et protégés par Jésus Ressuscité, nous célébrons, en ce quatrième dimanche de Pâques, appelé “dimanche du Bon Pasteur”, la 63e Journée Mondiale de Prière pour les Vocations. C’est une occasion de grâce de pouvoir partager quelques réflexions sur la dimension intérieure de la vocation, comprise comme la découverte du don gratuit de Dieu qui fleurit au plus profond du cœur de chacun de nous. Parcourons donc ensemble le chemin d’une vie vraiment belle, que le Pasteur nous indique !

Le chemin de la beauté

Dans l’Évangile de Jean, Jésus se définit littéralement comme le “beau berger” (ὁ ποιμὴν ὁ καλός) ( Jn 10, 11). Cette expression désigne un berger parfait, authentique, exemplaire, car il est prêt à donner sa vie pour ses brebis, manifestant ainsi l’amour de Dieu. C’est le Pasteur qui fascine : ceux qui le regardent découvrent que la vie est vraiment belle si on le suit. Pour connaître cette beauté, les yeux du corps ou les critères esthétiques ne suffisent pas : il faut la contemplation et l’intériorité. Seulement celui qui s’arrête, écoute, prie et accueille son regard, peut dire avec confiance : « Je lui fais confiance, avec Lui la vie peut être vraiment belle, je veux parcourir le chemin de cette beauté ». Et le plus extraordinaire, c’est qu’en devenant ses disciples, nous devenons à notre tour “beaux” : sa beauté nous transfigure. Comme l’écrit le théologien Pavel Florenskij, l’ascèse ne crée pas l’homme “bon”, mais l’homme “beau” [1]. En effet, outre la bonté, ce qui distingue les saints, c’est la beauté spirituelle lumineuse qui rayonne de ceux qui vivent en Christ. Ainsi, la vocation chrétienne se révèle dans toute sa profondeur : participer à sa vie, partager sa mission, rayonner de sa propre beauté.

Cette communication intérieure de vie, de foi et de sens fut aussi l’expérience de saint Augustin qui, dans le troisième livre des Confessions, tout en déclarant et en confessant ses péchés et ses erreurs de jeunesse, reconnaît Dieu « plus intime que toute mon intimité » [2]. Au-delà de la conscience de soi, il découvre la beauté de la lumière divine qui le guide dans l’obscurité. Augustin perçoit la présence de Dieu au plus profond de son âme, ce qui implique d’avoir compris et vécu l’importance de prendre soin de son intériorité comme espace de relation avec Jésus, comme moyen d’expérimenter la beauté et la bonté de Dieu dans sa propre vie.

Cette relation se construit dans la prière et le silence et, si elle est cultivée, elle nous ouvre à la possibilité d’accueillir et de vivre le don de la vocation, qui n’est jamais une imposition ou un schéma préétabli auquel il suffit d’adhérer, mais un projet d’amour et de bonheur. Le soin de l’intériorité : c’est de là qu’il est urgent de repartir dans la pastorale des vocations et dans l’engagement toujours renouvelé de l’évangélisation.

Dans cet esprit, j’invite tout le monde – familles, paroisses, communautés religieuses, évêques, prêtres, diacres, catéchistes, éducateurs et fidèles laïcs – à s’engager toujours plus à créer des contextes favorables afin que ce don puisse être accueilli, nourri, préservé et accompagné pour porter des fruits abondants. Ce n’est que si nos milieux rayonnent d’une foi vivante, d’une prière constante et d’un accompagnement fraternel, que l’appel de Dieu pourra s’épanouir et mûrir, devenant un chemin de bonheur et de salut pour chacun et pour le monde. En nous engageant sur la voie que Jésus, le beau Pasteur, nous indique, apprenons alors à mieux nous connaître nous-mêmes et à connaître de plus près Dieu qui nous a appelés.

Connaissance réciproque

« Le Seigneur de la vie nous connaît et éclaire notre cœur de son regard d’amour » [3]. En effet, toute vocation ne peut que commencer par la conscience et l’expérience d’un Dieu qui est Amour (cf. 1 Jn 4, 16) : Il nous connaît profondément, il a compté les cheveux de notre tête (cf. Mt 10, 30) et il a pensé pour chacun un chemin unique de sainteté et de service. Cette connaissance, cependant, doit toujours être réciproque : nous sommes invités à connaître Dieu à travers la prière, l’écoute de la Parole, les sacrements, la vie de l’Église et le don de soi à nos frères et sœurs. Comme le jeune Samuel qui, dans la nuit, peut-être de manière inattendue, a entendu la voix du Seigneur et a appris à la reconnaître avec l’aide d’Élie (cf. 1 Sam 3, 1-10), de même nous devons créer des espaces de silence intérieur pour percevoir ce que le Seigneur a dans son cœur pour notre bonheur. Il ne s’agit pas d’un savoir intellectuel abstrait ou d’une connaissance savante, mais d’une rencontre personnelle qui transforme la vie [4]. Dieu habite notre cœur : la vocation est un dialogue intime avec Lui qui nous appelle – malgré le bruit parfois assourdissant du monde – en nous invitant à répondre avec une joie et une générosité authentiques.

« Noli foras ire, in te ipsum redi, in interiore homine habitat veritas – Ne sors pas de toi-même, reviens à toi-même, la Vérité habite dans l’homme intérieur » [5]. Saint Augustin nous rappelle encore combien il est important d’apprendre à s’arrêter, à construire des espaces de silence intérieur pour pouvoir écouter la voix de Jésus-Christ.

Chers jeunes, écoutez cette voix ! Écoutez la voix du Seigneur qui vous invite à vivre une vie pleine, épanouie, en mettant à profit vos talents (cf. Mt 25, 14-30) et en clouant à la Croix glorieuse du Christ vos limites et vos faiblesses. Arrêtez-vous donc pour l’adoration eucharistique, méditez assidûment la Parole de Dieu pour la vivre chaque jour, participez activement et pleinement à la vie sacramentelle et ecclésiale. De cette manière, vous connaîtrez le Seigneur et, dans l’intimité propre à l’amitié, vous découvrirez comment vous donner vous-mêmes, dans la voie du mariage, ou du sacerdoce, ou du diaconat permanent, ou dans la vie consacrée, religieuse ou séculière : chaque vocation est un don immense pour l’Église et pour celui qui l’accueille avec joie. Connaître le Seigneur signifie avant tout apprendre à lui faire confiance, ainsi qu’à sa Providence, qui surabonde en chaque vocation.

Confiance

De la connaissance naît la confiance, attitude qui est fille de la foi, essentielle tant pour accueillir la vocation que pour persévérer dans celle-ci. La vie, en effet, se révèle comme une confiance et un abandon continus au Seigneur, même lorsque ses plans bouleversent les nôtres.

Pensons à saint Joseph qui, malgré le mystère inattendu de la maternité de la Vierge, s’en remet au rêve divin et accueille Marie et l’Enfant avec un cœur obéissant (cf. Mt 1, 18-25 ; 2, 13-15). Joseph de Nazareth est une icône de la confiance totale dans le dessein de Dieu : il fait confiance même lorsque tout autour de lui ne semble qu’être ténèbres et négativité, lorsque les choses semblent aller dans une direction opposée à celle prévue. Il fait confiance et s’en remet, certain de la bonté et de la fidélité du Seigneur. « Dans chaque circonstance de sa vie, Joseph a su prononcer son “ fiat”, tout comme Marie à l’Annonciation, et comme Jésus à Gethsémani » [6].

Comme nous l’a enseigné le Jubilé de l’Espérance, il convient de cultiver une confiance ferme et stable dans les promesses de Dieu, sans jamais céder au désespoir, en surmontant les peurs et les incertitudes, certains que le Ressuscité est le Seigneur de l’histoire du monde et de notre histoire personnelle : Il ne nous abandonne pas dans les heures les plus sombres, mais vient dissiper toutes nos ténèbres par sa lumière. Et c’est précisément grâce à la lumière et à la force de son Esprit, même à travers les épreuves et les crises, que nous pouvons voir notre vocation mûrir, refléter de plus en plus la même beauté de Celui qui nous a appelés, une beauté faite de fidélité et de confiance, malgré les blessures et les chutes.

Maturation

La vocation, en effet, n’est pas un objectif statique, mais un processus dynamique de maturation, favorisé par l’intimité avec le Seigneur : rester avec Jésus, laisser agir l’Esprit Saint dans nos cœurs et dans les situations de la vie, et tout relire à la lumière du don reçu, tout cela signifie grandir dans la vocation.

Comme la vigne et les sarments (cf. Jn 15, 1-8), toute notre existence doit s’établir dans un lien fort et essentiel avec le Seigneur, afin de devenir une réponse toujours plus pleine à son appel, à travers les épreuves et les coupes nécessaires. Les “lieux” où se manifeste le plus la volonté de Dieu et où l’on fait l’expérience de son amour infini sont souvent les liens authentiques et fraternels que nous sommes capables d’établir au cours de notre vie. Comme il est précieux d’avoir un guide spirituel sûr qui accompagne la découverte et le développement de notre vocation ! Combien sont importants le discernement et la vérification à la lumière du Saint-Esprit, afin qu’une vocation puisse se réaliser dans toute sa beauté.

La vocation n’est donc pas une possession immédiate, quelque chose qui est “donné” une fois pour toutes : c’est plutôt un chemin qui se développe de manière analogue à la vie humaine, dans lequel le don reçu, en plus d’être préservé, doit se nourrir d’une relation quotidienne avec Dieu pour pouvoir grandir et porter ses fruits. « Cela est important, parce qu’elle place notre vie face à Dieu qui nous aime, et qu’elle nous permet de comprendre que rien n’est le fruit d’un chaos privé de sens, mais que tout peut être intégré sur un chemin de réponse au Seigneur qui a un plan magnifique pour nous » [7].

Chers frères et sœurs, très chers jeunes, je vous encourage à cultiver votre relation personnelle avec Dieu à travers la prière quotidienne et la méditation de sa Parole. Arrêtez-vous, écoutez, confiez-vous : de cette manière, le don de votre vocation mûrira, vous rendra heureux et portera des fruits abondants pour l’Église et pour le monde.

Que la Vierge Marie, modèle d’accueil intérieur du don divin et maîtresse de l’écoute priante, vous accompagne toujours sur ce chemin !

Du Vatican, le 16 mars 2026

LÉON PP. XIV

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[1] « L’ascèse ne crée pas l’homme “bon”, mais l’homme beau, et la caractéristique distinctive des saints n’est pas du tout la “bonté”, qui peut également être présente chez des personnes charnelles et très pécheresses, mais la beauté spirituelle, la beauté éblouissante de la personne lumineuse et rayonnante, absolument inaccessible à l’homme grossier et charnel » (P. Florenskij, La colonne et le fondement de la vérité, Rome 1974, 140-141).

[2] S. Augustin, Conf., III, 6, 11 : CSEL 33, 53.

[3] Lett. ap. Une fidélité qui génère l’avenir, (8 décembre 2025), 5.

[4] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Deus caritas est, (25 décembre 2005), 1.

[5] S. Augustin, De vera religione, XXXIX, 72 : CSSL 32, 234.

[6] François, Lett. ap. Patris corde (8 décembre 2020), 3.

[7] François, Exhort. ap. Christus vivit, (25 mars 2019), 248.